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Une vision socio-écologique de l’avenir : Planètes


          TANIGUCHI Goro, réalisateur de s-CRY-ed et Infinite Ryvius, développe dans Planètes, adaptation du manga éponyme de YUKIMURA Makoto, une vision à la fois écologique et sociologique d’un futur proche, en proie à la fièvre de la colonisation spatiale. Edité par Beez en 6 volumes, garnis de suppléments dont de friands commentaires audios, Planètes est une série animée dont l’intelligence du propos et la grande qualité de réalisation la place dans l’une des séries de ces cinq dernières années à ne pas manquer. Si les férus de robots et d’action seront certes quelque peu déçus, bien qu’il y ait d’extraordinaires séquences unissant suspense et action, la série fait en revanche la part belle aux diverses relations entre les personnages et à l’évolution de leur psychologie. Tour à tour, le réalisateur nous offre des tranches de vie, tout en inscrivant ses personnages et leurs pérégrinations dans un contexte historique vaste aux dimensions politiques évidentes.


Des débris éclatés autour de la Terre : métaphore des peuples sur la Planète Bleue.

          Par ailleurs, il prend en charge de manière très sérieuse le « réalisme » du lieu principal de l’action : le vide intersidéral. Par exemple, point de bruits de moteur, ou de tôles froissées lors de collisions : l’Espace est dépourvu d’air et donc incapable de propager le moindre son. Qu’à cela ne tienne la force des images n’en est que renforcée, ainsi que les sons off qui viennent l’illustrer. On pense bien évidemment à 2001 : l’Odyssée de l’espace, lors des scènes où le bruit d’une respiration dans un scaphandre a tant d’impact sur le spectateur et son « ressenti » de la scène. Mais ce réalisme « sonore » de l’Espace vient également appuyer les dialogues que s’échangent les différents protagonistes lors de leur sortie en scaphandre. De plus, rarement la mort ou la violence ne sont montrées avec autant de froideur que lorsqu’elles sont traitées dans le silence le plus total. Mais ce « réalisme » ne s’arrête bien entendu pas au son et nombre d’éléments « scientifiques » de la série sont sérieux ou du moins tendent à s’inscrire dans une certaine réalité scientifique.


Réalisme scientifique de la représentation, pendant du sérieux du discours de la série.

          Tout ceci pose les jalons d’une visions sérieuse de l’environnement dans lequel évoluent les personnages et où l’action va prendre place et permet ainsi de donner du crédit au message véhiculé par Planètes. En effet, la série s’attache à dépeindre au-delà de l’histoire personnelle de chacun des personnages, une trame plus vaste présentant des enjeux politiques importants pour l’humanité. Tout d’abord la question de la « propreté » de l’Espace, puisque les héros de la série font partie d’une unité spatiale traitant les débris qui parsèment le vide intersidéral. Mais le message écologique ne se suffit pas à lui-même. Tous les personnages ont leur raison bien personnelle pour travailler dans la « section débris ». Ensuite, à ce discours semi écologique vient s’ajouter un discours politique sur la répartition des richesses entre les peuples. TANIGUCHI transpose dans son univers futuriste des préoccupations contemporaines sur l’énergie, les ressources et les richesses naturelles que les grandes nations se partagent au détriment des plus « petites » (comprendre les moins puissantes bien entendu). Ainsi, géopolitique ou plutôt « spatiopolitique » viennent interférer dans la vie de nos personnages et dans leur motivations et actions. Du terrorisme au lobbying en passant par la pression d’Etat et le corporatisme farouche des multinationales (véritable forces au pouvoir dans Planètes), rien n’épargne nos héros qui doivent trouver leur chemin sans y perdre leur âme. Plus facile à dire qu’à faire, puisque le héros principal, Hachimaki, oscillera entre une vie de solitaire dévouée entièrement à son rêve de partir sur Jupiter, et sa relation amoureuse avec sa collègue Tanabe.


Tanabe et Hachimaki, deux personnages a priori opposés qui vont se trouver l’un l’autre.

          Finalement, ce que nous propose TANIGUCHI au travers de Planètes, c’est de nous emmener dans un décor exotique et fantastique, au sens merveilleux du terme, afin de pouvoir nous parler de sujets contemporains graves, à la fois intime et collectifs : la recherche de l’amour, le sacrifice à une cause, l’abnégation dans son travail lorsque celui est facteur d’épanouissement, la vie en bonne intelligence avec les autres et par-dessus tout l’apprentissage à aimer son prochain, incarné par Tanabe, jeune fille naïve et insouciante dont la gentillesse fait tomber les barrières de l’incompréhension et de la malhonnêteté. Tout cela sur fond de tensions politiques mondiales et d’effervescence économique. Un portrait socio-écologique d’un présent transfiguré en futur, non pas idéal, mais au contraire imparfait, mais combien plausible et réaliste. Une visions agréable, bien qu’un peu amer parfois, mais pleine d’espoir pour l’humanité.


Désolation et beauté stellaire se reflètent dans les yeux d’un enfant :

la beauté est loin, au dessus de lui, mais elle n’est qu’éphémère…



Axel de Velp
September 2006


Remerciements à Adrien Lorenzo (Beez).

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